Statistique du département des Bouches-du-Rhône

Description tirée des Statistique du département des Bouches-du-Rhône, publié sous la direction de Christophe de Villeneuve, préfet de département, 1821-1829, pages 1017 à 1019.

 

Vue générale de Miramas-le-Vieux (carte postale, collection personnelle)

Vue générale de Miramas-le-Vieux
(carte postale, collection personnelle)

Commune de Miramas — Castrum Mirimaris vel de Miromari — Miramas –.

 
Les vestiges du séjour des Romains sont nombreux dans le territoire. La voie Aurélienne y passait, et on y a trouvé plusieurs pierres milliaires qui, malheureusement, n’ont pas été conservées. Au temps des Sarrasins, les habitans de la plaine se retirèrent sur la hauteur où est aujourd’hui le village et s’y fortifièrent. Le château et la seigneurie furent compris dans le domaine des vicomtes de Marseille. En 1069, Pons, fils de Guillaume IV, vicomte de Marseille, confirma à l’abbaye de S-Victor tout ce que son frère Geoffroi avait donné à cette abbaye, pour en jouir après sa mort dans le castel de Miramas. Des portions de cette seigneurie avaient été distraites et aliénés en faveur d’une maison qui portait le nom du pays. Un nommé Guillelmus de Miromari figure dans des actes de 1228, 1230, 1238. Ugo de Miromari était chanoine d’Arles en 1250. L’abbaye de St-Victor avait cédé, à ce qu’il parait, ses droits à celle de Mont-Majour : car, le 16 juin 1222, Guillaume de Bonils, abbé de Mont-Majour, et ses moines, cédèrent pour dix ans, à titre d’engagement, au podestat et au conseil de la ville d’Arles, le château de Miramas et toutes ses dépendances, pour la somme de 30.000 sous raimondins neufs, à condition que la commune d’Arles ne pourrait se servir de ce château pour faire la guerre à Raimond de Baux, seigneur de Berre et d’Istres, à moins que celui-ci ne fût lui-même l’agresseur. Cet acte renferme de plus la vente d’une certaine quantité de bétail et de denrées que les moines avaient alors à Miramas (1). Après les dix ans, l’abbaye de Mont-Majour rentra en possession. L’abbé était encore seul prieur et seigneur de Miramas à l’époque de la révolution, et ce prieuré lui rapportait plus de 12.000 livres.
 
L’ancien château fut assiégé par le duc de Savoie, et se rendit par capitulation le 6décembre 1590. Ce prince détruisit la ville et se servit des démolitions pour construire un fort où il se retrancha. Les habitans se retirèrent à St-Chamas. Le village actuel est renfermé dans le fort dont les remparts sont en ruine. Il est situé sur un mamelon qui domine l’anse Nord-Ouest de l’étang de Berre. On ne peut donner le nom de rues aux passages étroits et tortueux qui séparent les maisons. La pente de tous ces passages est si roide que les bêtes de somme peuvent à peine la gravir. L’église, qui s’était écroulée durant la révolution, a été rebâtie en 1821: le presbytère aurait besoin de l’être; et l’hôtel de ville n’est pas en meilleur état, quoiqu’il appartienne au gouvernement, auquel la commune fait une rente de 36 francs pour ce local. La seule fontaine qui existe à Miramas est au bas de la colline, et elle a besoin aussi de grandes réparations. La fête votive du lieu est celle de St-Julien, qui se célèbre le 28 août.
 
Le territoire de Miramas est de 2.474 hectares, dont la moitié, à peu près, est en bois rampant avec quelques taillis de chênes verts. La commune n’a plus aucune propriété sur ces bois, mais elle jouit du pacage depuis la mi-carême jusqu’à la St-Michel, et du bûcherage toute l’année. Le sol cultivable se compose de vallons et de plusieurs bassins en pratiquant des canaux dans le grès coquillier. Ces canaux souterrains ont trois mètres de hauteur et une longueur variable qui est quelques fois de plus d’un kilomètre. Les eaux passent d’un bassin à l’autre et finissent par se rendre dans l’étang de St-Chamas. Les principaux de ces bassins sont ceux de Pougnones, de Cabasse, de Barben, etc. Le travail de ces canaux est prodigieux. Tout a été fait au pic, et il n’y a ni revêtement, ni maçonnerie. Plusieurs personnes les attribuent aux Romains, et il faut avouer qu’ils paraissent au-dessus des forces et des moyens de l’abbaye de Mont-Majour, quelque riche qu’on la suppose.
 
Les canaux de Craponne et de Boisgelin arrosent une partie du territoire de Miramas. L’huile est la principale production du pays. Les amandiers se multiplient depuis quelques années. Il y a peu de blé et de vin. Le kermès est en grande abondance ainsi que le pastel; mais ce dernier article est négligé. On exploite plusieurs carrières de pierres à bâtir qui sont d’un grain plus grossier que celles des pays environnans. Les excavations de ces carrières sont couvertes de nitre.
 
Les habitans du village sont bergers ou cultivateurs. Ils sont forts et laborieux; ils passent pour aimer la bonne chère, et ils se réunissent volontiers aux cabarets le dimanche et les jours de fête. Cette population ne fréquente guère ses voisins, et il en résulte une certaine rudesse dans les manières. la population de la commune est de 489 habitans dont 316 au village, 10 au château de Cabasse et 163 disséminés dans le territoire.

Recettes

ordinaires en 1821

1386 f 93 c

extraordinaires

1057 f 41 c

Total

2444 f 34 c

Dépenses

ordinaires

1313 f 31 c

extraordinaires

899 f 67 c

Total

2212 f 98 c

Boni

231 f 36 c

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(
1) Anibert, Mém. Hist. et Critiq., etc. tom. III, pag. 25.